Pharmaciennes et engagées dans la vie communale

03/10/18 à 00:00 - Mise à jour à 04/10/18 à 10:35

Le dimanche 14 octobre, des pharmaciens se présenteront sur les listes aux élections communales. Qu'est-ce qui pousse ces citoyens à briguer les suffrages des électeurs ? Petit tour de la question avec une néophyte et une bourgmestre aguerrie.

Pharmaciennes et engagées dans la vie communale

Christine Monjoie © le Pharmacien

Pourquoi, un jour, franchir le pas et se lancer dans la course électorale ? Pour Christine Monjoie, pharmacienne hospitalière au CHC à Liège, l'engagement répond à la fois à une sollicitation, à l'envie de laisser un monde plus " humain " à ses enfants et, plus généralement, à l'envie de recréer du lien social.

Les élections, elle n'y avait en effet jamais vraiment pensé avant que Christine Botton, conseillère communale et tête de la liste H2018 à Havelange, ne lui en fasse la proposition. "Elle dit souvent qu'il faut aller chercher les femmes parce qu'elles ne pensent pas à se présenter", précise la nouvelle candidate.

Diverses raisons ont guidé son choix: " Je suis un peu déçue par ce qui est mené pour le moment. J'ai quatre enfants et j'ai envie de leur laisser une société où l'on vit bien. Je me dis qu'il est temps de m'impliquer. Nous vivons dans une société fort individualiste qui mise tout sur la croissance économique alors qu'on peut faire passer d'autres valeurs à nos enfants. Ensuite, dans mon travail à l'hôpital, on s'est lancé dans l'accréditation, j'ai mis en place des projets, j'ai géré des groupes de personnes et j'ai bien aimé cette nouvelle activité que je pourrais mettre à profit à la commune ".

A côté des préoccupations sociales, il y a aussi l'amour pour son pays, Havelange, dans la Province de Namur, dans le Condroz. J'apprécie de plus en plus l'endroit où j'habite, se réjouit-elle. J'ai commencé la course à pied il y a deux ans et j'ai découvert ma commune autrement. C'est un bel endroit, il faut le préserver, le mettre en valeur et le partager. Enfin, je vais avoir 50 ans, mes enfants sont grands, je suis à une période de ma vie où je peux me poser et penser à d'autres projets ".

Ce qui a fini de la décider, c'est aussi de participer à une liste apolitique : "Je ne voulais pas devoir m'affilier à un parti parce que je voulais rester intègre avec moi-même ". Elle occupe ainsi la 5e place sur la liste H2018, l'une des trois pour lesquelles les 5100 habitants d'Havelange pourront voter.

S'engager c'est bien, mais comment faire campagne ? " Je vais trouver les gens personnellement, en porte-à-porte, on appelle ça le 'cabanage' : pour vraiment connaître leurs attentes et être à leur écoute, il faut les rencontrer en petit comité, explique-t-elle. Moi, ce qui me frappe c'est la misère sociale, la solitude des gens. Il faut vraiment recréer un lien social, je trouve que c'est même plus important que la misère matérielle ".

Si elle est élue, Christine Monjoie aimerait oeuvrer pour l'environnement, l'habitat, la mobilité et la jeunesse. "Je pense au bien-être de la personne et aux actions à mettre en place pour que les gens ne soient pas seuls. On fait son possible pour gagner les élections mais ma vie n'en dépend pas et, de toute façon, j'ai déjà gagné beaucoup parce que je fais de belles rencontres, c'est enrichissant. Notre objectif est d'impliquer les citoyens et de redonner confiance en la politique, parce que beaucoup de gens sont désabusés. Si je m'engage, ce n'est pas par profit personnel, mais parce que j'ai envie de mettre des projets en place pour la communauté ".

3e scrutin communal

Direction Rouvroy, petit hameau de 2100 habitants dans la province de Luxembourg, la commune la plus méridionale de Belgique. Là-bas, c'est déjà la troisième fois que la pharmacienne Carmen Ramlot se présente aux élections communales. Il s'agit pour elle de renouveler son mandat de bourgmestre, une fonction qu'elle exerce depuis 2009 où, à la faveur d'une motion de méfiance, elle a obtenu le mayorat. Réélue en 2012, elle espère être à nouveau plébiscitée aux prochaines élections.

Son engagement ne date donc pas d'hier puisqu'elle s'est présentée pour la première fois en 2000 aux élections provinciales, sous l'étiquette cdH. A la commune, la liste " Go " est sans couleur partisane (et c'est aussi la seule liste pour l'entité) : " On ne parle jamais de politique au niveau communal, on parle de projets et de réalisations. Celui qui nous rend le plus fier c'est le centre culturel et sportif, le ROx, qui est assez fédérateur ".

Pour la nouvelle législature, Carmen Ramlot compte mettre l'accent sur la sécurité routière et la participation des citoyens dans le cadre du Programme communal de développement rural (PCDR), afin qu'ils proposent au collège communal les actions qu'ils souhaitent voir mises en place. " Nous avons choisi de faire un PCDR " agenda 21 ", donc nos projets doivent d'office être orientés développement durable et économie d'énergie. Des choses ont déjà été réalisées : par exemple, le centre sportif et culturel est autonome au niveau électrique (grâce aux panneaux photovoltaïques) et chauffage (grâce à la récupération de l'eau chaude de l'usine voisine). Ainsi, on montre l'exemple. Nous avons aussi un groupe de travail composé de citoyens qui réfléchissent à des actions douces, moyennes ou grandes pour le futur de Rouvroy ".

Carmen Ramlot

Carmen Ramlot

Est-ce facile de concilier une vie de bourgmestre et de pharmacienne encore en activité? " Dans ma pharmacie, je travaille en association avec un autre pharmacien. C'est faisable, mais je me fais aider, commente-telle. Ceci dit, avec mes fonctions de bourgmestre et de conseillère provinciale, je n'ai plus de loisirs ! Mais, je ne me plains pas : ma passion c'est la politique, je m'épanouis, j'adore rendre service aux gens, j'ai l'impression d'être utile. Je ne peux pas trop expliquer pourquoi, mais cela me plaît ! "

Entre maison communale et officine, les activités se mêlent parfois : " Comme la pharmacie est ouverte au public, je suis très accessible, je ne me cache pas dans un bureau. Je préfère que les gens viennent me parler, je n'ai pas toujours une solution mais je peux les aiguiller vers d'autres personnes ressources. Peut-être que mon métier de pharmacienne fait que j'ai plus d'empathie. C'est quelque chose qu'on apprend au comptoir et qu'il est important d'avoir en tant que bourgmestre. Il y a sans doute des gens qui ne viennent plus à la pharmacie parce que je suis bourgmestre, ce sont les aléas du métier... "

Un troisième scrutin communal entame-t-il son enthousiasme? " Ha, non! Sinon je ne me représenterais pas, s'insurge Carmen Ramlot. J'aimerais bien garder les mandats que j'ai actuellement parce qu'ils sont complémentaires, mais ce n'est pas par besoin, c'est par passion. Je serais triste si cela ne continuait pas ! "