Ne vous laissez pas abuser par ce titre, je ne comprends toujours pas un mot de suisse allemand ! Même mon allemand standard n'est d'ailleurs pas terrible (pour ne pas dire à peu près inexistant), même sur le plan culinaire, comme j'ai encore eu l'occasion de le constater cette semaine...

Une fois par semaine, mon homologue gantoise et moi-même avons l'occasion de lever le nez de notre TFE pour aller suivre à l'Ub (Universität Bern) un cours de toxicologie en anglais. Jusque-là, pas de problème. Cette fois, c'est toutefois la classe de toxicologie qui est venue visiter l'IRM (Institut für Rechtsmedizin) - l'occasion rêvée, pour nous, de nous faire réexpliquer dans le détail le fonctionnement de cet institut où nous travaillons depuis plusieurs mois ! Nous avons même été recrutées pour contribuer à "guider" nos condisciples... ou plutôt pour veiller à ce que personne ne reste à la traîne ou n'aille fourrer son nez dans des projets confidentiels - pour servir de voitures-balais, en somme. Nous nous sommes donc vu attribuer chacune un groupe. Ayant hérité de la plupart des étudiants étrangers, ma compatriote a bénéficié d'une visite guidée en anglais... mais je n'ai malheureusement pas eu cette chance, mon groupe étant composé exclusivement de Suisses. J'ai donc pu me consacrer pleinement à mon rôle de garde-chasse, puisque je ne comprenais de toute façon pas un mot des explications et encore moins des plaisanteries provoquant régulièrement l'hilarité générale.

J'ai failli tomber à la renverse lorsque mon plat de pâtes a été surmontée d'une bonne louche de compote de pommes. Beurk !

Toujours cette semaine, l'un des chercheurs du laboratoire de toxicologie légale - un quadra d'origine allemande - avait décidé de fêter son anniversaire en invitant toute l'équipe à dîner. Puisque l'invitation s'adressait aussi à nous, les deux étudiantes de master gantoises, il a fait l'effort de la formuler en anglais... avant, malheureusement, de repasser à l'allemand pour les détails pratiques (où, quand et comment), qui m'ont donc largement échappé. Je ne savais pas du tout ce qui m'attendait, mais pas question de refuser, comme il l'a souligné (en anglais) en guise de conclusion.

Ma compatriote ayant justement prévu une excursion à Milan, je me suis retrouvée livrée à moi-même pour affronter l'épreuve. Pour le coup, mon imagination a commencé à partir en vrille. Et si les festivités se déroulaient dans un resto hors de prix ? Je ne pouvais pas me le permettre ! La seule fois où j'étais sortie manger (avec mes parents, au cours de ma première semaine à Berne) était encore gravée dans ma mémoire. Prix du steak frites : 55 francs suisses ! Ce soir-là, nous nous étions d'ailleurs rabattus sur la fondue au fromage, nettement moins chère que la viande. Mais quid si on refusait ma Master Card au restaurant ?

La journée terminée, une doctorante allemande m'a pris sous son aile et nous sommes parties ensemble pour le restaurant - ou c'est du moins ce que je pensais. L'adresse semblait toutefois se trouver non pas dans le centre-ville, mais dans un quartier d'habitation. Et ce n'était pas un restaurant... mais l'appartement que mon promoteur de mémoire bernois partage avec son collègue allemand, dont l'épouse était venue spécialement d'Allemagne pour préparer un fabuleux spaghetti ! Ce soir-là, tout le monde a fait de son mieux pour parler anglais et, même si la conversation est de temps en temps repartie dans un jargon ressemblant étrangement à la langue de Goethe, j'ai passé un excellent moment. J'avais vraiment paniqué pour rien.

En repensant à ce délicieux spaghetti, je me suis laissée tenter ce midi à la cantine de l'université par ce qui semblait être un plat de pâtes avec une appétissante croûte au fromage... et j'ai failli tomber à la renverse lorsque ma portion a été surmontée d'une bonne louche de compote de pommes. Beurk ! Nullement dégoûté, l'assistant de mon copromoteur m'a expliqué qu'il ne s'agit pas d'un plat italien mais d'une spécialité 100 % suisse, l'Älplermagronen. Allez chercher la recette sur internet si vous ne me croyez pas : elle comporte des macaronis, des lardons, des oignons, de l'ail et du fromage, mais aussi des pommes de terre, de la crème... et, oui, de la compote de pommes !