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L'Inami a lancé un processus pour budgéter des projets selon des objectifs de soins de santé, pour les trois années à venir, 2022-24. "Nous avons collaboré dans les groupes de travail et, avec les mutuelles, nous avons introduit 3 objectifs de soins de santé et 8 initiatives qui soutenaient ces objectifs avec le concours des pharmaciens. Le processus d'évaluation au sein des task forces a suivi son cours. Ces initiatives ont retenu l'attention du monde politique et des mutuelles et nous espérons pouvoir en mettre certaines en place à partir de 2022. Pour financer ces nouveaux services, nous comptons sur une partie du budget octroyé via la norme de croissance, cette marge budgétaire s'élève à 123 millions", précise Koen Straetmans, président de l'APB.Surconsommation des somnifères, polymédication et diabèteParmi toutes les propositions faites par les pharmaciens, celles qui ont le plus de chance de passer concernent le sevrage des benzodiazépines/Z-drugs, l'entretien BUM polymédication et dans une moindre mesure, le dépistage du diabète en pharmacie. Le premier projet consiste à rembourser un plan de sevrage en préparation magistrale pour les patients qui surconsomment des benzodiazépines et substances apparentées (Z-drugs). 12% des Belges prennent quotidiennement ce type de médicaments. "Aujourd'hui, pas mal de gens y sont accros mais il n'y a pas beaucoup de possibilités pour les désaccoutumer. Le médecin pourrait proposer un programme de sevrage en préparation magistrale où on diminue la dose progressivement pendant 12 semaines et qui serait remboursée. Ce projet répond à l'objectif de santé d'optimalisation de l'utilisation des médicaments", ajoute-t-il. Le deuxième projet est un entretien de révision médicamenteuse. "Il s'agit d'un entretien BUM où le pharmacien formé pourrait effectuer une revue de la médication chez les patients polymédiqués dont le rapport serait transmis au médecin traitant. Nous avons déjà testé ce service au travers du projet SIMENON lancé par l'APB en 2018. SSPF et IPSA ont mis sur pied à ce moment les formations sur la revue de médication. Nous sommes prêts. Ce service s'inscrit dans une interaction renforcée entre le pharmacien de référence, le patient et le médecin qui détient le DMG". Un projet porteur"Enfin, le 3e projet de dépistage du diabète en officine a quant à lui moins de chance de passer en 2022 mais on continue à le porter. Depuis plusieurs années déjà des projets pilotes sont menés en officine (Taking Care, Chronilux, PACT...). En Belgique, 1/3 des personnes ignorent qu'elles sont diabétiques. L'objectif est de les amener plus rapidement dans un trajet de soins. Ce projet est critiqué par le corps médical qui dit que notre rôle n'est pas de diagnostiquer, mais tel n'est pas notre objectif. On ne veut pas remplacer le médecin, on veut dépister et orienter les personnes vers une prise en charge et ce, avant l'apparition de la maladie ou des complications", explique Koen Straetmans. Comme le rappelle Alain Chaspierre: "Si un patient en situation de prédiabète perd 10% de masse corporelle et fait un peu d'activité physique, il réduit de moitié le risque de développer un diabète dans les 10 ans. On imagine l'impact potentiel sur la qualité de vie et... les finances publiques. Mais il faut que ces personnes soient sensibilisées. Or, aujourd'hui, elles y échappent. L'accessibilité des officines fait en sorte que nous pouvons toucher des personnes qui n'ont pas de médecin attitré ou qui le consulte de manière très sporadique et objectiver au travers un dépistage la nécessité d'une sensibilisation à un mode de vie plus sain ou d'une prise en charge. Pendant la crise Covid, on a continué les projets pilotes et on en a lancé le projet Cre-test à Bruxelles, soutenu par Innoviris, la ville de BXL, Anderlecht et Molenbeek, en collaboration avec l'UCL, VUB et ULB. C'est bâti sur une collaboration multidisciplinaire avec les médecins généralistes, les diététiciens, les laboratoires de biologie clinique (qui vérifient les POCT), on a mis en place des formations et on a travaillé aussi avec un système de reporting des résultats. L'idée finale c'est que ces résultats soient accessibles, via les systèmes de l'e-santé aux acteurs de soins qui sont en lien thérapeutique avec le patient. Sur ce point l'APB est en plein développement avec notamment le testing Covid". A Bruxelles, les résultats sont interpellants, estime-t-il: "Une personne testée sur 5 est renvoyée vers le médecin généraliste. Ça veut dire que, si on ne faisait pas ce test, tous les gens qui sont inclus (critères d'inclusion: 'je n'ai aucun diagnostic de pathologie de diabète ou de pathologie chronique', 'je n'ai pas de médecin généraliste attitré') seraient dans la nature". Le coût pharmacoéconomique de cette initiative est en train d'être évalué. "Financer un service en pharmacie qui finalement ne coûte pas grand-chose par rapport aux résultats potentiels, c'est largement autofinançable en tenant compte des économies générées. Cependant, insiste-t-il, faire du dépistage tout seul cela n'a pas de sens, il faut le faire dans un contexte multidisciplinaire où le patient est intégré dans un trajet de soins dans lequel le pharmacien, qui est l'acteur le plus accessible, a joué son rôle".Passera? Passera pas?Pourquoi ce projet de dépistage du diabète, qui a déjà fait ses preuves dans différents projets pilotes, a-t-il moins de chance d'être adopté? "Quand on a préparé l'exercice Inami 22-24, les Mutualités à l'époque ont travaillé avec nous pour introduire 3 objectifs de santé (dont celui de réduction de la morbi-mortalité liée au diabète). Ensuite, dans les différentes task forces d'évaluation, certains groupes professionnels dont les médecins s'y sont opposés. Ce projet n'a donc pas eu une bonne appréciation globale. Nous pensons que les raisons n'étaient pas vraiment objectives et nous le regrettons. Mais ce n'est pas grave, à un moment donné, il faudra bien tenir compte des résultats de ces projets pilotes. Nous espérons que cela aboutira. Cette initiative a un grand intérêt de santé publique vu la prévalence du diabète et elle cadre avec les objectifs de la note de politique générale du ministre", commente Alain Chaspierre. "Fin octobre, nous saurons ce qui pourrait être mis en place, complète Koen Straetmans. Nous avons un discours très positif avec le ministre Vandenbroucke pour travailler ensemble sur ces nouveaux projets, voire sur d'autres, pour les trois années à venir". Le 4 octobre, le Comité de l'assurance de l'Inami a approuvé la proposition de budget des soins de santé 2022. Le Conseil général de l'Inami doit se prononcer le 18 octobre.