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Les chercheurs ont eu recours à une stratégie originale, on pourrait même dire contre-intuitive : traiter le placenta comme une tumeur.Tout repose sur le fait que le placenta partage certaines caractéristiques avec la vascularisation de tumeurs solides. Pour se développer, il doit envahir l'utérus et s'y arrimer solidement.Or, en cancérologie, dans des modèles animaux, à titre expérimental, des scientifiques ont pu diriger spécifiquement des médicaments vers les vaisseaux sanguins anormaux en utilisant des peptides. D'où l'idée de copier cette méthode pour aller délivrer des médicaments au placenta, sans toucher au reste de l'organisme.Lyndia K. Harris et ses collègues se sont servis de liposomes recouverts de séquences ciblant le placenta de souris gestantes pour y délivrer avec succès le facteur de croissance IGF-2. En l'occurrence, il s'agissait de la séquence linéaire CGKRK, composée de cinq acides aminés, et de la structure cyclique iRGD, qui en contient neuf. Ces séquences se lient de façon sélective à la surface d'échantillons de placenta humain et de souris, sans interférer avec le développement normal de cet organe.Résultats de ce traitement : une augmentation du poids du placenta chez des souris saines et une accélération de la croissance du foetus dans un modèle murin d'anomalie de la croissance foetale, le tout sans entraîner d'effets secondaires sur d'autres organes. L'équipe a aussi testé ces peptides transporteurs sur des tissus de placenta humain. Comme prévu, ils ont bien pénétré les cellules placentaires.Reste à valider la méthode sur des femmes enceintes. Si elle fonctionne bien et que les auteurs de ce travail parviennent à confirmer qu'elle est sans danger pour le foetus, on peut espérer qu'il sera possible d'administrer certains médicaments directement au placenta de la future maman afin de traiter des complications fréquentes et graves de la grossesse. On songe notamment au retard de croissance foetale ou à la prééclampsie.Avant d'en arriver-là, certains réglages sont encore nécessaires. Entre autres si l'on veut éviter que les peptides n'administrent l'hormone de croissance à une tumeur lorsque la mère est atteinte d'un cancer sans le savoir. Un problème qui, selon les chercheurs, pourrait néanmoins être résolu si le traitement est précédé d'un dépistage approprié. Science Advances, 6 mai 2016, DOI : 10.1126/sciadv.1600349