haque année, on compte dans notre pays plus de 1.000 nouveaux cas de cancer imputables au papillomavirus humain (HPV) : des cancers du col de l'utérus, ce qui est bien connu, mais également des cancers plus rares comme ceux du vagin, de la vulve, du pénis et de l'anus ", communiquent les experts du KCE. "Les trois derniers sont en augmentation dans notre pays. Ces dernières décennies, on a aussi découvert que le HPV est impliqué dans un nombre croissant de cancers de la gorge (oro-pharynx). En tout, un quart de tous ces cancers se manifestent chez des hommes. Le virus HPV est également responsable des verrues ano-génitales, qui touchent entre 13 et 20.000 personnes par an, hommes et femmes."

Le KCE rappelle que des programmes de vaccination des jeunes filles entre 12 et 14 ans sont organisés depuis 2010 en Communauté flamande et depuis 2011 en Fédération Wallonie-Bruxelles. "Cette vaccination rencontre beaucoup de succès en Flandre, où la couverture vaccinale atteint 91% (2016) mais moins en Fédération Wallonie-Bruxelles, où seules 36 à 50% des jeunes filles sont vaccinées (2017)."

"En 2017, le Conseil supérieur de la santé a remis à jour ses recommandations, en conseillant désormais de vacciner les filles et les garçons entre 9 et 14 ans. La plupart des autres pays occidentaux suivent la même tendance ", souligne le KCE.

Selon l'étude réalisée par le KCE, les trois vaccins disponibles sur le marché (Cervarix®, Gardasil® et Gardasil 9®) sont efficaces pour prévenir la plupart des lésions précancéreuses liées au HPV. " On ne dispose toutefois pas de chiffres fiables sur la protection contre les cancers eux-mêmes, car le délai d'apparition d'un cancer est d'au moins 20 ans après l'infection par le virus et on ne dispose pas encore d'un tel recul. Par ailleurs, la sécurité des trois vaccins semble établie. "

Et le KCE d'ajouter que " la revue de la littérature médico-économique suggère que, pour prévenir l'ensemble des cancers évoqués plus haut, l'extension de la vaccination des filles seules aux filles et aux garçons présenterait un rapport coût-efficacité favorable, quel que soit le vaccin utilisé, et que ce rapport serait d'autant plus favorable que la couverture initiale des filles par le vaccin HPV est faible (comme en Fédération Wallonie-Bruxelles). "

Le KCE estime qu'il faut également tenir compte d'autres arguments. "En premier lieu, une question d'équité entre garçons et filles : en effet, le vaccin uniquement offert aux jeunes filles désavantage les jeunes garçons puisque l'augmentation des cancers liés au HPV chez les hommes est aujourd'hui une réalité. La vaccination des jeunes filles offre également une certaine protection indirecte à leurs futurs partenaires sexuels puisqu'elles transmettront moins de virus. Toutefois, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) ne bénéficieront pas de cette protection indirecte. Vacciner tous les garçons serait ainsi une mesure de non-stigmatisation du comportement sexuel puisque cela permettrait de protéger tous les futurs HSH avant le début de leur activité sexuelle."

Une frilosité wallonne alimentée par les anti-vaccins

Pour le KCE, il est primordial de tenir compte des importantes questions d'organisation qu'un tel élargissement de la vaccination susciterait au niveau des écoles et des services de santé. " La question de l'acceptabilité est également préoccupante, car la vaccination actuelle des filles est déjà confrontée à de nombreuses réticences, en particulier en Wallonie où le taux de couverture est faible et les lobbies anti-vaccins plus actifs. La revue de la littérature du KCE montre également que, dans des régions où le taux de couverture des filles est faible, comme en Fédération Wallonie-Bruxelles, il est encore plus intéressant, d'un point de vue strictement économique, d'augmenter la couverture des filles seules que d'étendre la vaccination aux garçons, mais cette approche ne répondrait pas à la question de l'équité entre les sexes. "

Les deux communautés ont pris la décision d'étendre la vaccination contre le HPV aux garçons à partir de la rentrée de septembre 2019. Une décision étayée par un rapport provisoire qui leur avait été déjà transmis par le KCE afin de pouvoir procéder aux appels d'offre.