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Stefaan Callens, professeur au Centre Interfacultaire de Droit et d'Ethique biomédicale de la KULeuven et avocat spécialisé en droit de la santé, avait affirmé dans nos colonnes (cf le Pharmacien 76 du 25 octobre, p. 6) que la vente exclusive des produits OTC en officine était vouée à disparaitre au vu du contexte européen. Un avis que ne partage pas Marc Gryseels, administrateur délégué de Bachi, l'association coupole des entreprises OTC. Cette dernière entend promouvoir les produits de santé en vente libre à usage humain et faire reconnaitre la valeur ajoutée de ces produits. Une vente certes libre, mais pas n'importe où, insiste Marc Gryseels. Vous n'êtes pas d'accord avec le discours tenu par Maître Callens... J'ai beaucoup de respect pour le Professeur Callens. Mais il affirme que dans le cadre européen, la Belgique se verra contrainte d'autoriser la vente de produits OTC également en dehors des circuits officinaux, sans pour autant esquisser le contexte des autres pays européens ayant autorisé la vente des produits OTC dans d'autres lieux que la pharmacie. Des pays comme les Pays-Bas ou l'Italie par exemple. Nous voyons que dans tous ces pays où les médicaments OTC ne sont pas vendus exclusivement en officine, il y a trop peu de pharmacies. L'accessibilité aux médicaments n'est donc pas garantie. Devoir faire 50 km pour acheter un comprimé de paracétamol est tout bonnement exagéré. C'est d'ailleurs précisément la raison pour laquelle les Pays-Bas disposent par exemple d'apotheekhoudende huisartsen - des médecins généralistes ayant une pharmacie. Parce qu'il y a trop peu de pharmacies et trop peu de pharmaciens. Il faut dès lors prendre une série de mesures. Bachi semble donc partisan d'un tel système... Cela laisse en effet au client davantage de liberté tout en maintenant le pharmacien dans son rôle de gardien du médicament. Aucune autre profession ne dispose d'autant de connaissances en matière de chimie que le pharmacien. Ses conseils sur les interactions, le dosage et la galénique sont irremplaçables. C'est peut-être vrai en théorie, mais le pharmacien est-il bien préparé à sa tâche de conseiller ? Durant la formation, on devrait effectivement prêter plus d'attention à la communication avec le patient : comment donner le meilleur conseil dans une atmosphère positive ? Comment créer une bonne visibilité ? En bref, du merchandising. Beaucoup de changements ont déjà été opérés ces dernières années. Un recyclage continu et facultatif est ainsi proposé tant par des canaux indépendants que par l'industrie. L'APB a intensifié la pression et pris ses responsabilités. Pensons ici aux actions comme 'OTC, ik doe mee' (menée en Flandre). Les délégués médicaux doivent faire face à de nombreux critiques, mais ces dernières représentent une source d'informations très importante... On pointe du doigt la vision unilatérale qu'ils donneraient d'un médicament. Mais ils connaissent le médicament sur le bout des doigts. Mieux vaut recevoir de l'information d'une source bien informée - même s'il ne s'agit que d'un point de vue déterminé -, que pas d'information du tout. Pour le producteur, cela doit pourtant rapporter plus de pouvoir vendre ses OTC un peu partout. Faux. La plupart des producteurs veulent aussi que les OTC demeurent exclusivement en pharmacie. Un bon usage thérapeutique donne de bons résultats, et donc, un client satisfait. Notre confort de vie est très élevé mais nous avons tendance à oublier qu'il est rendu possible par un bon encadrement et par le fait que par exemple les OTC parviennent au patient avec les conseils avisés du pharmacien. Si le gouvernement rompt ce monopole, cela ne sera pas bénéfique pour la santé du patient, ni d'ailleurs pour l'industrie, et certainement pas pour la santé publique. Un patient qui n'est pas bien traité est un patient cher. Cela ne pourrait pas se faire via un coin spécial pharmacie dans un supermarché ? Tant qu'un pharmacien reste le maître à bord, je peux encore l'admettre. Mais les grandes surfaces suivront-elles aussi les implications qui sont aujourd'hui imposées aux pharmaciens ? Pensons aux services de garde obligatoires, à la pharmacovigilance, à l'obligation du 'recall', à la large gamme de produits disponible sur demande presque immédiatement et à la connaissance du produit. Pas seulement le produit en tant que tel, mais aussi les interactions et les contre-indications. Si toutes ces conditions sont remplies, on peut éventuellement commencer à y songer. Certains estiment qu'il n'est pas nécessaire que par exemple de simples antidouleurs soient vendus par des personnes hautement diplômées. C'est à nouveau une erreur. Je prends l'exemple du paracétamol. Demandez au citoyen combien il doit en prendre et vous obtiendrez immédiatement la réponse : un comprimé de 500mg. Point barre. Combien de citoyens et de personnes ne disposant pas d'un bagage pharmaceutique savent que le paracétamol agit en fonction du poids corporel ? Qu'il faut prendre 15mg/kg pour qu'il soit efficace ? Quand les gens arrivent à des surdosages, on parle d'un produit dangereux. En cas de sousdosage, ils ne sont pas satisfaits car l'antidouleur ne les soulage pas. On passe alors à des médicaments plus forts, souvent sous prescription. Seulement parce qu'on n'est pas au courant de la posologie la plus efficace. Un produit bien utilisé est bénéfique tant pour le patient que pour la santé publique. Cela vaut pour les médicaments, mais aussi pour les vitamines et les compléments alimentaires. Les mêmes règles valent aussi pour ces produits. La European Food Safety Authority (EFSA) s'est d'ailleurs récemment prononcée sur les allégations santé. Que dit l'EFSA ? Que les nutriments peuvent afficher une allégation santé à condition de contenir au moins 15 % des apports journaliers recommandés (AJR). Ce qui signifie qu'un produit peut porter l'allégation santé relative à la vitamine C dès qu'il contient 30mg de vitamine C, sachant que l'AJR de vitamine C est de 200mg ! De cette manière, le consommateur n'est plus à même de comprendre le contenu du message. Seul un pharmacien formé peut le conseiller et l'aider. Prenons aussi l'exemple d'un produit pour maigrir... Sur quoi se fondera le choix d'un consommateur dans un supermarché ? Nous savons tous que la contribution du pharmacien - et aussi sa responsabilité- est importante.