Samedi 21 mars

Le printemps arrive et nous gâte avec un beau soleil. Nous le remarquons à peine car, comme d'habitude, nous travaillons à l'intérieur. Je commence à m'impatienter pour la tournée, même si je dois prendre la voiture pour couvrir les longues distances.

Pour la première fois, nous avons le sentiment que tout est de nouveau sous contrôle. On fermera plus ou moins à l'heure aujourd'hui. Les livraisons à domicile et l'administration peuvent se faire dans l'après-midi. Les courses nécessaires pour la semaine à venir se feront en une fois. Les rayons sont vides, il faudra improviser.

Pendant que j'écris ceci, mes paupières se ferment. Il est 18h00.

Demain repos, ça fera du bien.

Vendredi 20 mars

Je prends un jour de congé, ce qui veut dire que je serai moins actif à la pharmacie. Le matin, il faut faire les courses, aider les enfants dans leurs travaux scolaires, effectuer les tâches quotidiennes qui commencent aussi à s'amonceler.

Après le diner, je pars faire la tournée de livraison des médicaments. Les gens commencent à avoir l'habitude. Ils doivent encore s'habituer au fait que je ne m'approche pas de la porte et que je reste à une certaine distance de sécurité dans ma voiture. La plupart me saluent de la main et lèvent le pouce. Ils sont reconnaissants de ce que nous faisons pour eux. Parfois, un mot gentil accompagne l'ordonnance.

En fin d'après-midi, le premier gel est prêt, et j'appelle les médecins et le personnel infirmier à domicile pour savoir s'ils en ont besoin.

Certains ont des questions à me poser et me regardent drôlement quand je refuse leur invitation à entrer. Je leur explique les raisons, ils comprennent. Moi aussi je dois m'habituer à cela. J'ai l'habitude de réagir à la moindre demande et là, je me dois de mettre un frein. Je serai heureux quand je pourrai à nouveau les rencontrer dans la pharmacie, les aider, les écouter et prendre parfois leurs mains pour les consoler. Ce ne pas possible pour l'instant et c'est dur, même pour un pharmacien.

Pendant que je prends une heure pour mettre les pneus d'été sur la voiture, les collègues s'affairent à la pharmacie pour fabriquer à nouveau du gel désinfectant pour les prestataires de soins des environs.

En fin d'après-midi, le premier gel est prêt, et j'appelle les médecins et le personnel infirmier à domicile pour savoir s'ils en ont besoin. Le premier stock part rapidement. Ils sont contents que nous pensions à eux. Je trouve évident de penser à eux. L'obligation émanant de l'Ordre des Pharmaciens et de l'AFMPS d'aider uniquement les prestataires de soins dans le besoin n'est pas nécessaire, fait remarquer un collègue respecté.

Jeudi 19 mars

Ce matin, nous ouvrons pour la première fois avec 2 pharmaciens, ce qui est normalement suffisant pour fournir un travail décent un jeudi. On ouvre la porte avec une petite crainte, mais ça va, cela se passe bien. Certes, nous travaillons en continu, notre routine est cassée. Les commandes aux grossistes doivent avoir lieu à d'autres moments. En temps normal, c'est automatique mais pour l'instant, il y a beaucoup plus de travail manuel et il faut envoyer les commandes plus tôt. C'est une conséquence des mesures de sécurité du grossiste. Il faut prévoir moins de personnes en un endroit et il a plus de commandes, donc ça dure plus longtemps. C'est acceptable. On ne peut pas toujours compter sur des livraisons ponctuelles. A chaque commande, des bacs ne rentrent plus dans la camionnette. Les chauffeurs s'excusent, à tort je trouve. Eux-aussi sont dans la bataille.

Bien entendu, il faut penser à les nettoyer et à les désinfecter. Nous prendrons nos pauses plus tard.

Pendant l'heure du midi, je repars en tournée livrer les médicaments utiles à domicile. Cette fois-ci, je m'arrête à la distillerie Filliers toute proche. Les distilleries ont reçu l'autorisation des Douanes et Accises de vendre à titre exceptionnel de l'éthanol pur aux pharmaciens pour la préparation de gel désinfectant pour les mains. Ces personnes apportent aussi leur contribution à la crise, avec le peu de personnel encore actif.

A chaque commande, des bacs ne rentrent plus dans la camionnette. Les chauffeurs s'excusent, à tort je trouve. Eux-aussi sont dans la bataille.

Dans l'après-midi, nous recevons la notification que les gels hydroalcooliques que nous avons produits peuvent être uniquement vendus aux prestataires de soins. Je le comprends parfaitement. C'est difficile de faire comprendre cela aux particuliers qui en demandent. Mais quand on leur explique que les prestataires de soins ne peuvent pas tomber malades et qu'ils doivent se prémunir, ils comprennent. Se laver les mains avec de l'eau et du savon est encore le meilleur conseil, même pour les prestataires de soins.

Il y a du monde, mais nous arrivons à gérer. L'administration sera de nouveau pour ce soir. Et les commandes, et le nettoyage, et la désinfection.

Mercredi 18 mars

La journée commence avec un premier patient qui me demande du paracétamol. En temps normal, j'ai beaucoup de patience, mais là, je me fâche. Je me fais peur. Ce n'est pas moi. Est-ce la fatigue? La frustration? Aucune idée. Je m'excuse, et plus tard dans la journée, on en reparle. Il est vrai que pour les patients qui ont vraiment besoin de médicaments, les temps sont incertains. Il ne faut pas toujours le prendre mal.

Le reste de la journée est une répétition d'hier. De temps en temps, on reprend le souffle. Lorsque nous livrons les médicaments à domicile pendant le temps du midi, la plupart des personnes nous remercient chaleureusement, certes de loin.

A midi, tout est subitement calme. C'est le cas presque partout comme je peux le lire sur les réseaux sociaux. Sans doute une conséquence de l'appel à éviter les déplacements non essentiels à partir de 12h00 et l'interdiction de se rassembler.

Je dois admettre que je suis assez fier de ce que nous les pharmaciens réalisons. Soyons honnêtes : le gouvernement nous a clairement informé via la presse que les pharmacies devaient rester ouvertes. Mais nous n'avons reçu aucune mesure de protection, pas de directives ni de protocoles, rien.

Mauvaises réactions, critiques négatives sur les réseaux sociaux. Nous subissons. Nous ne pouvons pas faire autrement.

Les pharmaciens ont pris les choses en mains et ont été incroyablement créatifs, ils peuvent compter sur les associations professionnelles et les citoyens pour soutenir cette créativité. Ils ont fait leur devoir civique et ont essayé de freiner le plus possible l'accumulation de réserves. L'arrêter était impossible.

Mauvaises réactions, critiques négatives sur les réseaux sociaux. Nous subissons. Nous ne pouvons pas faire autrement.

Certes, on ne peut pas comparer les pharmaciens aux héros dans les hôpitaux qui s'occupent des patients atteints du virus. Ils méritent tout notre respect. Mais j'estime que les pharmaciens sont ici souvent oubliés par le gouvernement. Nous nous soutenons avec les nombreuses réactions positives que nous recevons de la ligne de front et nous espérons que l'on tiendra plus compte de nous dans l'avenir. Mais tout ceci est pour plus tard. Combattons d'abord et tous ensemble le COVID19!

Mardi 17 mars

En ce jour de semaine, je pourrais être content et fier d'avoir pu aider autant de patients, mais je suis en colère. Très en colère.

Toute la journée, on ne nous a demandé que du paracétamol.

Deux fois plus de clients aujourd'hui, et toujours la même question : vous avez du paracétamol ?

Je mentirais : quelques-uns nous ont encore demandé des masques et du gel hydroalcoolique.

Les quelques personnes qui sont venues pour demander des véritables soins pharmaceutiques ont été littéralement repoussées dans un coin de la pharmacie.

Celles qui souffrent de douleurs chroniques, de douleurs d'origine cancéreuse, d'arthrose, ..., ont vu leur douleur augmenter au fur et à mesure que le stock de paracétamol diminuait.

Dans l'après-midi, nous avons dû faire l'impensable. Notre stock de paracétamol d'un mois est parti en une demi-journée, nous avons donc décidé de rationner ce qu'il restait.

C'est très difficile et ingrat de devoir décider qui peut en avoir. C'est sûr qu'on ne veut laisser personne dans le besoin, mais les gens sont très inventifs ces derniers temps.

Nous essayons de savoir de toutes les manières possibles s'ils ont vraiment besoin de paracétamol. Lorsqu'on leur demande s'ils en ont encore à la maison, ils nous répondent presque toujours non. C'est compréhensible, mais très difficile pour nous.

Nous décidons finalement de délivrer du paracétamol uniquement sur ordonnance aux patients chroniques ou aux personnes qui ont de la fièvre. En général, elles ont une ordonnance.

Nous essayons de prévenir les médecins d'agir avec modération et de diffuser le même message.

Mais je dois vraiment faire un effort et me retenir lorsque des personnes arrivent à nous culpabiliser en nous disant qu'elles pourraient bien avoir de la fièvre ou des douleurs dans les prochains jours.

Nous nous concentrons sur la compréhension de la grande majorité de nos patients, que nous apprécions. Et nous comprenons les autres.

Notre stock de paracétamol d'un mois est parti en une demi-journée, nous avons donc décidé de rationner ce qu'il restait.

Je pense que les médias populaires y sont pour quelque chose. Je ne dis pas cela d'un ton accusatoire mais je voudrais souligner que la nuanciation est souvent très précaire et difficile. Si par exemple, on annonce soudainement à la télévision que l'ibuprofène n'est pas recommandé dans le cadre du Coronavirus, et que le paracétamol est le premier choix dans le traitement de la fièvre et de la douleur, le Belge paniqué comprend - lui - qu'il ne peut plus prendre d'ibuprofène et qu'il doit se tourner vers le paracétamol. De toute évidence, le message n'a pas été assez clair ni nuancé, ce qui a entraîné un ravage sans précédent de nos stocks de paracétamol. Heureusement, les pharmaciens gardent la tête froide et mettent un frein pour rationner la demande. Les directives du gouvernement nous donneront raison plus tard.

Pour aider au maximum les patients fragiles et ne laisser personne sans leurs médicaments chroniques, la pharmacie propose des livraisons à domicile. Pendant que 2 pharmaciens servent les patients en pharmacie, un collègue s'affaire dans les coulisses. Le téléphone n'arrête pas de sonner. Nous réalisons aussi des préparations magistrales, qui n'ont pas disparu comme certains le prétendent. Tout est soigneusement préparé pour des livraisons l'après-midi ou en soirée.

Nous vivons à la campagne, il faut donc sortir la voiture. Les distances sont trop longues et les journées trop courtes. Il reste peu de temps pour manger.

Après la tournée du soir, le nettoyage commence. Au sens littéral : il faut à nouveau désinfecter toute la pharmacie, nettoyer les sols, aérer, ... Il faut gérer l'administration, les nombreux mails, les livraisons pour demain,... A dix heures et quart du soir, je baisse le rideau.

Lundi 16 mars

Ce matin, je me lève à l'heure habituelle parce que les enfants sont attendus à l'école. J'en suis très reconnaissant et j'espère que l'école ne fermera pas.

Les premières personnes sont déjà là devant la porte, avant l'heure d'ouverture. Aucune précipitation, heureusement, juste des lève-tôt.

C'est la première fois que nous servons une personne à l'extérieur. C'est un sentiment bizarre. Les premières livraisons à domicile sont prévues cet après-midi.

Entre deux tâches, je vais vite jusqu'à l'école voisine, où les enfants sont pris en charge, pour donner mon dernier thermomètre frontal de démonstration.

Pendant que les enfants jouent dans la cour, les professeurs se rassemblent à l'extérieur en maintenant une distance d'un mètre et demi. Parfait. Ils prennent ça au sérieux !

Il est frappant de constater que certaines personnes âgées ne prennent pas les mesures sanitaires au sérieux. Elles sont choquées lorsqu'on leur demande de ne plus venir à la pharmacie et de nous appeler pour une livraison à domicile.

Nous restons calmes et nous essayons de ne pas provoquer de panique. Mais il faut rester ferme pour que le message passe bien.

L'après-midi est assez calme. Quoique. Les apparences sont trompeuses. Maintenant que les mesures de protection sont en place, la routine s'installe peu à peu.

On nous demande de transmettre les commandes plus tôt et de placer les bacs vides devant la porte parce que le chauffeur ne peut pas rentrer dans la pharmacie.

Chez nos grossistes, la pression est là. Tous les bacs n'arrivent pas à destination et ils seront livrés plus tard. Cela ne facilite pas les choses.

On nous demande de transmettre les commandes plus tôt et de placer les bacs vides devant la porte parce que le chauffeur ne peut pas rentrer dans la pharmacie. Autant de tâches supplémentaires.

Une alarme programmée dans l'ordinateur peut nous faire penser à envoyer les commandes.

Un patient appelle. Il lui reste quelques masques de protection de son épouse décédée. Peut-être peuvent-ils encore servir ? Pour le moment, non d'après les directives, les mesures actuelles sont suffisantes. Quelques masques en réserve au cas où les mesures deviendraient plus strictes et le reste peut servir au personnel soignant à domicile qui travaille sans masque. Comment notre gouvernement a-t-il pu les oublier.

La nuit tombe, mais le travail n'est pas terminé. Il faut encore suivre un webinaire sur notre ami COVID-19. Le Professeur Van Damme donne des explications claires et fournit les confirmations et certitudes si chères au sein de notre corps pharmaceutique.

Le collègue Zwaenepoel détaille une nouvelle fois les mesures à prendre et je note encore quelques conseils. Je vais moins twitter et désinfecter mon gsm plus souvent...

Il est 21h00 et je peux traiter les commandes. Finalement, ce sera pour demain matin. Je décide de suivre les sages conseils du professeur Van Damme. Penser aussi à soi, manger sain, bouger et prendre un temps de repos.

Dimanche 15 mars

Ce devait être un dimanche calme, mais ce ne fut pas le cas. Pour une fois, je descends délibérément plus tard que les enfants. Pendant que le café passe, je remarque dans mon champ de vision que mon téléphone n'arrête pas de s'éclairer.

Je n'ai jamais vu autant de chiffres à mes publications et sur les réseaux sociaux. Gérer tous ces messages me prend la matinée.

Faire les courses dure plus longtemps que d'habitude. Comme les enfants ne dinent plus à l'école, il faut prévoir des repas en plus pour la semaine et leur pique-nique. Mais je suis heureux de savoir qu'ils sont pris en charge.

Même le dimanche, le pharmacien à une fonction sociale à jouer.

On m'interpelle ici et là à propos du virus, ça ne me dérange pas. Jamais. Même le dimanche, le pharmacien à une fonction sociale à jouer.

On dit que les indépendants mangent tard. Aujourd'hui, nous dinons à 14h00. Après le diner, je monte le trampoline dans le jardin avec les enfants.

Ils auront de l'énergie à revendre dans les semaines à venir. Le soleil printanier surréaliste fait du bien.

Samedi 14 mars

Hier soir, après une journée harassante, je me suis endormi comme une masse. Fatigué, mais satisfait. Nous étions là pour nos patients.

A 6h00, je me réveille avec cette idée : "que faire si un patient malade, qui tousse, entre dans la pharmacie"...

Les événements de ces derniers jours font des ravages dans le subconscient.

Je me lève. Je consulte les infos et bien entendu les réseaux sociaux. Il faut se tenir au courant. La communication prime.

Pas facile de faire tourner une pharmacie où la pression a soudainement doublé. Il faut répondre aux questions, rassurer les gens, dissiper les malentendus, ..., et prendre les mesures de sécurité utiles pour se protéger et protéger le personnel. Mon équipe reste heureusement calme et rationnelle. Pas de panique. Quelle équipe! Ils semblent infatigables.

Juste avant l'ouverture, je briefe une dernière fois les collègues. Nous passons rapidement en revue ce qu'il y a lieu de faire si un patient effectivement malade se présente.

Les portes s'ouvrent, le monde afflue. C'est parti !

Nous avons retourné les bacs du grossiste devant le comptoir pour créer de la distance. Il faut maintenir les personnes à distance. Sur la porte d'entrée, des affiches interdisent aux personnes malades de rentrer. Je répète les règles à tout le monde.

Au début, beaucoup de personnes ont pris la chose à la rigolade. Une manière d'y faire face. La prise de conscience est lente, on commence à comprendre l'utilité des mesures sanitaires. Les personnes les apprécient et nous sont reconnaissantes. Les médecins et les pharmaciens sont une référence. Les rires font progressivement place aux compliments.

Les premières personnes en quarantaine appellent. Elles peuvent envoyer un volontaire. Peut-être que cela va augmenter et qu'il faudra planifier plus de livraisons à domicile. Ici aussi, il faut prévoir des accords clairs, mais tout doit se faire simultanément.

Les médecins et les pharmaciens sont une référence. Les rires font progressivement place aux compliments.

Le groupe de travail COVID-19 de l'APB nous a transmis un beau document avec des conseils, des recommandations et des directives. J'ai à peine le temps de le lire en diagonale et de retenir les points importants pour la pharmacie.

Entre-temps, nous avons eu plusieurs demandes de gels désinfectants et de masques, et une autre affiche indique que nous n'en avons plus. Il faut à nouveau expliquer les directives. On s'y attèle, mais ce n'est pas évident.

Pendant que mes collègues servent les personnes avec enthousiasme, je réponds au téléphone, aux mails, aux communiqués, ... Les questions viennent des patients mais aussi des maisons de repos, d'écoles, d'associations, d'entreprises, etc. Elles sont parfois banales mais souvent pertinentes. La communication n'est pas encore tout à fait claire.

Comment mesurer au mieux la température des collaborateurs ? Quelle est la meilleure manière de nettoyer ou de désinfecter des surfaces ? Voilà le type de questions que l'on pose aux pharmaciens.

Je reçois aussi des propositions d'aide spontanées. Aller acheter du plexi au magasin ? Allez chercher et ramener les prescriptions de personnes âgées ? Chapeau. Quel lien précieux unit le pharmacien à ses patients. Formidable.

Le réapprovisionnement et le placement des commandes ont lieu après la fermeture, mais c'est essentiel. Une bonne gestion des stocks est cruciale. Les collègues m'ont signalé que certains médicaments étaient très demandés en ce moment.

10h00 ça se calme. On souffle. Il faut à nouveau désinfecter les dispositifs de paiement électronique et autres. Peu de personnes paient en liquides (comme demandé), mais le paiement sans contact n'est apparemment pas encore pour maintenant. Il faut voir cela positivement. Dans le cadre de notre sécurité, c'est un coup de pouce pour promouvoir le paiement électronique.

Ce matin, j'ai lancé un appel sur les réseaux sociaux pour trouver des écrans en plexiglas. Après 5 minutes, le téléphone sonnait et on me donnait des conseils, des personnes voulaient m'aider ou aller lundi au magasin en acheter. Quelle puissance, les réseaux sociaux ! Lundi, les panneaux seront livrés. Revenons à la pharmacie.

Il y a aussi les sûretés quotidiennes à la pharmacie. Une personne nous demande une grande quantité de sprays nasaux. Les médicaments ne sont plus disponibles et il faut trouver une solution. Cela s'ajoute au reste, mais c'est notre travail de tous les jours.

Il faut désinfecter une dernière fois la pharmacie, là où c'est utile, il faut s'y mettre.

Parmi tous les patients, nous demandons à un homme de 96 ans de ne plus venir à la pharmacie dans les prochaines semaines mais d'appeler. On aimerait le voir atteindre 100 ans et plus. Risque de contamination ou non, à cet âge, il ne faut prendre aucun risque. Ce serait dommage.

12h00 Je fais partie des 'chanceux' à pouvoir fermer la pharmacie le samedi après-midi. Rien n'arrive trop tôt. Nous avons répondu présent chaque jour de la semaine.

Ma femme et les enfants se sont affairés à préparer le repas de midi. J'aide un peu et nous passons à table.

A la fin du repas, je le sens venir. Le fameux coup de pompe. Je décide de fermer les yeux un moment et de me réveiller à 15h45.

Il faut désinfecter une dernière fois la pharmacie, là où c'est utile, il faut s'y mettre.

Je ne touche pas à la boîte de messagerie qui a réceptionné 179 mails depuis ce matin. On verra demain. Je veillerai dimanche à récupérer le retard.

Je vais essayer de passer un peu de temps avec ma famille. Ils m'ont beaucoup manqué ces derniers jours.

Samedi 21 marsLe printemps arrive et nous gâte avec un beau soleil. Nous le remarquons à peine car, comme d'habitude, nous travaillons à l'intérieur. Je commence à m'impatienter pour la tournée, même si je dois prendre la voiture pour couvrir les longues distances. Pour la première fois, nous avons le sentiment que tout est de nouveau sous contrôle. On fermera plus ou moins à l'heure aujourd'hui. Les livraisons à domicile et l'administration peuvent se faire dans l'après-midi. Les courses nécessaires pour la semaine à venir se feront en une fois. Les rayons sont vides, il faudra improviser. Pendant que j'écris ceci, mes paupières se ferment. Il est 18h00.Demain repos, ça fera du bien.Vendredi 20 marsJe prends un jour de congé, ce qui veut dire que je serai moins actif à la pharmacie. Le matin, il faut faire les courses, aider les enfants dans leurs travaux scolaires, effectuer les tâches quotidiennes qui commencent aussi à s'amonceler. Après le diner, je pars faire la tournée de livraison des médicaments. Les gens commencent à avoir l'habitude. Ils doivent encore s'habituer au fait que je ne m'approche pas de la porte et que je reste à une certaine distance de sécurité dans ma voiture. La plupart me saluent de la main et lèvent le pouce. Ils sont reconnaissants de ce que nous faisons pour eux. Parfois, un mot gentil accompagne l'ordonnance. Certains ont des questions à me poser et me regardent drôlement quand je refuse leur invitation à entrer. Je leur explique les raisons, ils comprennent. Moi aussi je dois m'habituer à cela. J'ai l'habitude de réagir à la moindre demande et là, je me dois de mettre un frein. Je serai heureux quand je pourrai à nouveau les rencontrer dans la pharmacie, les aider, les écouter et prendre parfois leurs mains pour les consoler. Ce ne pas possible pour l'instant et c'est dur, même pour un pharmacien. Pendant que je prends une heure pour mettre les pneus d'été sur la voiture, les collègues s'affairent à la pharmacie pour fabriquer à nouveau du gel désinfectant pour les prestataires de soins des environs.En fin d'après-midi, le premier gel est prêt, et j'appelle les médecins et le personnel infirmier à domicile pour savoir s'ils en ont besoin. Le premier stock part rapidement. Ils sont contents que nous pensions à eux. Je trouve évident de penser à eux. L'obligation émanant de l'Ordre des Pharmaciens et de l'AFMPS d'aider uniquement les prestataires de soins dans le besoin n'est pas nécessaire, fait remarquer un collègue respecté.Jeudi 19 marsCe matin, nous ouvrons pour la première fois avec 2 pharmaciens, ce qui est normalement suffisant pour fournir un travail décent un jeudi. On ouvre la porte avec une petite crainte, mais ça va, cela se passe bien. Certes, nous travaillons en continu, notre routine est cassée. Les commandes aux grossistes doivent avoir lieu à d'autres moments. En temps normal, c'est automatique mais pour l'instant, il y a beaucoup plus de travail manuel et il faut envoyer les commandes plus tôt. C'est une conséquence des mesures de sécurité du grossiste. Il faut prévoir moins de personnes en un endroit et il a plus de commandes, donc ça dure plus longtemps. C'est acceptable. On ne peut pas toujours compter sur des livraisons ponctuelles. A chaque commande, des bacs ne rentrent plus dans la camionnette. Les chauffeurs s'excusent, à tort je trouve. Eux-aussi sont dans la bataille. Bien entendu, il faut penser à les nettoyer et à les désinfecter. Nous prendrons nos pauses plus tard. Pendant l'heure du midi, je repars en tournée livrer les médicaments utiles à domicile. Cette fois-ci, je m'arrête à la distillerie Filliers toute proche. Les distilleries ont reçu l'autorisation des Douanes et Accises de vendre à titre exceptionnel de l'éthanol pur aux pharmaciens pour la préparation de gel désinfectant pour les mains. Ces personnes apportent aussi leur contribution à la crise, avec le peu de personnel encore actif. Dans l'après-midi, nous recevons la notification que les gels hydroalcooliques que nous avons produits peuvent être uniquement vendus aux prestataires de soins. Je le comprends parfaitement. C'est difficile de faire comprendre cela aux particuliers qui en demandent. Mais quand on leur explique que les prestataires de soins ne peuvent pas tomber malades et qu'ils doivent se prémunir, ils comprennent. Se laver les mains avec de l'eau et du savon est encore le meilleur conseil, même pour les prestataires de soins. Il y a du monde, mais nous arrivons à gérer. L'administration sera de nouveau pour ce soir. Et les commandes, et le nettoyage, et la désinfection. Mercredi 18 marsLa journée commence avec un premier patient qui me demande du paracétamol. En temps normal, j'ai beaucoup de patience, mais là, je me fâche. Je me fais peur. Ce n'est pas moi. Est-ce la fatigue? La frustration? Aucune idée. Je m'excuse, et plus tard dans la journée, on en reparle. Il est vrai que pour les patients qui ont vraiment besoin de médicaments, les temps sont incertains. Il ne faut pas toujours le prendre mal. Le reste de la journée est une répétition d'hier. De temps en temps, on reprend le souffle. Lorsque nous livrons les médicaments à domicile pendant le temps du midi, la plupart des personnes nous remercient chaleureusement, certes de loin. A midi, tout est subitement calme. C'est le cas presque partout comme je peux le lire sur les réseaux sociaux. Sans doute une conséquence de l'appel à éviter les déplacements non essentiels à partir de 12h00 et l'interdiction de se rassembler. Je dois admettre que je suis assez fier de ce que nous les pharmaciens réalisons. Soyons honnêtes : le gouvernement nous a clairement informé via la presse que les pharmacies devaient rester ouvertes. Mais nous n'avons reçu aucune mesure de protection, pas de directives ni de protocoles, rien. Les pharmaciens ont pris les choses en mains et ont été incroyablement créatifs, ils peuvent compter sur les associations professionnelles et les citoyens pour soutenir cette créativité. Ils ont fait leur devoir civique et ont essayé de freiner le plus possible l'accumulation de réserves. L'arrêter était impossible. Mauvaises réactions, critiques négatives sur les réseaux sociaux. Nous subissons. Nous ne pouvons pas faire autrement.Certes, on ne peut pas comparer les pharmaciens aux héros dans les hôpitaux qui s'occupent des patients atteints du virus. Ils méritent tout notre respect. Mais j'estime que les pharmaciens sont ici souvent oubliés par le gouvernement. Nous nous soutenons avec les nombreuses réactions positives que nous recevons de la ligne de front et nous espérons que l'on tiendra plus compte de nous dans l'avenir. Mais tout ceci est pour plus tard. Combattons d'abord et tous ensemble le COVID19!Mardi 17 marsEn ce jour de semaine, je pourrais être content et fier d'avoir pu aider autant de patients, mais je suis en colère. Très en colère.Toute la journée, on ne nous a demandé que du paracétamol. Deux fois plus de clients aujourd'hui, et toujours la même question : vous avez du paracétamol ? Je mentirais : quelques-uns nous ont encore demandé des masques et du gel hydroalcoolique. Les quelques personnes qui sont venues pour demander des véritables soins pharmaceutiques ont été littéralement repoussées dans un coin de la pharmacie.Celles qui souffrent de douleurs chroniques, de douleurs d'origine cancéreuse, d'arthrose, ..., ont vu leur douleur augmenter au fur et à mesure que le stock de paracétamol diminuait.Dans l'après-midi, nous avons dû faire l'impensable. Notre stock de paracétamol d'un mois est parti en une demi-journée, nous avons donc décidé de rationner ce qu'il restait. C'est très difficile et ingrat de devoir décider qui peut en avoir. C'est sûr qu'on ne veut laisser personne dans le besoin, mais les gens sont très inventifs ces derniers temps. Nous essayons de savoir de toutes les manières possibles s'ils ont vraiment besoin de paracétamol. Lorsqu'on leur demande s'ils en ont encore à la maison, ils nous répondent presque toujours non. C'est compréhensible, mais très difficile pour nous.Nous décidons finalement de délivrer du paracétamol uniquement sur ordonnance aux patients chroniques ou aux personnes qui ont de la fièvre. En général, elles ont une ordonnance. Nous essayons de prévenir les médecins d'agir avec modération et de diffuser le même message.Mais je dois vraiment faire un effort et me retenir lorsque des personnes arrivent à nous culpabiliser en nous disant qu'elles pourraient bien avoir de la fièvre ou des douleurs dans les prochains jours.Nous nous concentrons sur la compréhension de la grande majorité de nos patients, que nous apprécions. Et nous comprenons les autres. Je pense que les médias populaires y sont pour quelque chose. Je ne dis pas cela d'un ton accusatoire mais je voudrais souligner que la nuanciation est souvent très précaire et difficile. Si par exemple, on annonce soudainement à la télévision que l'ibuprofène n'est pas recommandé dans le cadre du Coronavirus, et que le paracétamol est le premier choix dans le traitement de la fièvre et de la douleur, le Belge paniqué comprend - lui - qu'il ne peut plus prendre d'ibuprofène et qu'il doit se tourner vers le paracétamol. De toute évidence, le message n'a pas été assez clair ni nuancé, ce qui a entraîné un ravage sans précédent de nos stocks de paracétamol. Heureusement, les pharmaciens gardent la tête froide et mettent un frein pour rationner la demande. Les directives du gouvernement nous donneront raison plus tard. Pour aider au maximum les patients fragiles et ne laisser personne sans leurs médicaments chroniques, la pharmacie propose des livraisons à domicile. Pendant que 2 pharmaciens servent les patients en pharmacie, un collègue s'affaire dans les coulisses. Le téléphone n'arrête pas de sonner. Nous réalisons aussi des préparations magistrales, qui n'ont pas disparu comme certains le prétendent. Tout est soigneusement préparé pour des livraisons l'après-midi ou en soirée. Nous vivons à la campagne, il faut donc sortir la voiture. Les distances sont trop longues et les journées trop courtes. Il reste peu de temps pour manger. Après la tournée du soir, le nettoyage commence. Au sens littéral : il faut à nouveau désinfecter toute la pharmacie, nettoyer les sols, aérer, ... Il faut gérer l'administration, les nombreux mails, les livraisons pour demain,... A dix heures et quart du soir, je baisse le rideau. Lundi 16 marsCe matin, je me lève à l'heure habituelle parce que les enfants sont attendus à l'école. J'en suis très reconnaissant et j'espère que l'école ne fermera pas. Les premières personnes sont déjà là devant la porte, avant l'heure d'ouverture. Aucune précipitation, heureusement, juste des lève-tôt. C'est la première fois que nous servons une personne à l'extérieur. C'est un sentiment bizarre. Les premières livraisons à domicile sont prévues cet après-midi.Entre deux tâches, je vais vite jusqu'à l'école voisine, où les enfants sont pris en charge, pour donner mon dernier thermomètre frontal de démonstration.Pendant que les enfants jouent dans la cour, les professeurs se rassemblent à l'extérieur en maintenant une distance d'un mètre et demi. Parfait. Ils prennent ça au sérieux ! Il est frappant de constater que certaines personnes âgées ne prennent pas les mesures sanitaires au sérieux. Elles sont choquées lorsqu'on leur demande de ne plus venir à la pharmacie et de nous appeler pour une livraison à domicile. Nous restons calmes et nous essayons de ne pas provoquer de panique. Mais il faut rester ferme pour que le message passe bien. L'après-midi est assez calme. Quoique. Les apparences sont trompeuses. Maintenant que les mesures de protection sont en place, la routine s'installe peu à peu.Chez nos grossistes, la pression est là. Tous les bacs n'arrivent pas à destination et ils seront livrés plus tard. Cela ne facilite pas les choses. On nous demande de transmettre les commandes plus tôt et de placer les bacs vides devant la porte parce que le chauffeur ne peut pas rentrer dans la pharmacie. Autant de tâches supplémentaires.Une alarme programmée dans l'ordinateur peut nous faire penser à envoyer les commandes. Un patient appelle. Il lui reste quelques masques de protection de son épouse décédée. Peut-être peuvent-ils encore servir ? Pour le moment, non d'après les directives, les mesures actuelles sont suffisantes. Quelques masques en réserve au cas où les mesures deviendraient plus strictes et le reste peut servir au personnel soignant à domicile qui travaille sans masque. Comment notre gouvernement a-t-il pu les oublier. La nuit tombe, mais le travail n'est pas terminé. Il faut encore suivre un webinaire sur notre ami COVID-19. Le Professeur Van Damme donne des explications claires et fournit les confirmations et certitudes si chères au sein de notre corps pharmaceutique.Le collègue Zwaenepoel détaille une nouvelle fois les mesures à prendre et je note encore quelques conseils. Je vais moins twitter et désinfecter mon gsm plus souvent...Il est 21h00 et je peux traiter les commandes. Finalement, ce sera pour demain matin. Je décide de suivre les sages conseils du professeur Van Damme. Penser aussi à soi, manger sain, bouger et prendre un temps de repos.Dimanche 15 marsCe devait être un dimanche calme, mais ce ne fut pas le cas. Pour une fois, je descends délibérément plus tard que les enfants. Pendant que le café passe, je remarque dans mon champ de vision que mon téléphone n'arrête pas de s'éclairer. Je n'ai jamais vu autant de chiffres à mes publications et sur les réseaux sociaux. Gérer tous ces messages me prend la matinée.Faire les courses dure plus longtemps que d'habitude. Comme les enfants ne dinent plus à l'école, il faut prévoir des repas en plus pour la semaine et leur pique-nique. Mais je suis heureux de savoir qu'ils sont pris en charge. On m'interpelle ici et là à propos du virus, ça ne me dérange pas. Jamais. Même le dimanche, le pharmacien à une fonction sociale à jouer.On dit que les indépendants mangent tard. Aujourd'hui, nous dinons à 14h00. Après le diner, je monte le trampoline dans le jardin avec les enfants.Ils auront de l'énergie à revendre dans les semaines à venir. Le soleil printanier surréaliste fait du bien.Samedi 14 marsHier soir, après une journée harassante, je me suis endormi comme une masse. Fatigué, mais satisfait. Nous étions là pour nos patients.A 6h00, je me réveille avec cette idée : "que faire si un patient malade, qui tousse, entre dans la pharmacie"...Les événements de ces derniers jours font des ravages dans le subconscient. Je me lève. Je consulte les infos et bien entendu les réseaux sociaux. Il faut se tenir au courant. La communication prime.Pas facile de faire tourner une pharmacie où la pression a soudainement doublé. Il faut répondre aux questions, rassurer les gens, dissiper les malentendus, ..., et prendre les mesures de sécurité utiles pour se protéger et protéger le personnel. Mon équipe reste heureusement calme et rationnelle. Pas de panique. Quelle équipe! Ils semblent infatigables. Juste avant l'ouverture, je briefe une dernière fois les collègues. Nous passons rapidement en revue ce qu'il y a lieu de faire si un patient effectivement malade se présente.Les portes s'ouvrent, le monde afflue. C'est parti ! Nous avons retourné les bacs du grossiste devant le comptoir pour créer de la distance. Il faut maintenir les personnes à distance. Sur la porte d'entrée, des affiches interdisent aux personnes malades de rentrer. Je répète les règles à tout le monde.Au début, beaucoup de personnes ont pris la chose à la rigolade. Une manière d'y faire face. La prise de conscience est lente, on commence à comprendre l'utilité des mesures sanitaires. Les personnes les apprécient et nous sont reconnaissantes. Les médecins et les pharmaciens sont une référence. Les rires font progressivement place aux compliments. Les premières personnes en quarantaine appellent. Elles peuvent envoyer un volontaire. Peut-être que cela va augmenter et qu'il faudra planifier plus de livraisons à domicile. Ici aussi, il faut prévoir des accords clairs, mais tout doit se faire simultanément.Le groupe de travail COVID-19 de l'APB nous a transmis un beau document avec des conseils, des recommandations et des directives. J'ai à peine le temps de le lire en diagonale et de retenir les points importants pour la pharmacie. Entre-temps, nous avons eu plusieurs demandes de gels désinfectants et de masques, et une autre affiche indique que nous n'en avons plus. Il faut à nouveau expliquer les directives. On s'y attèle, mais ce n'est pas évident. Pendant que mes collègues servent les personnes avec enthousiasme, je réponds au téléphone, aux mails, aux communiqués, ... Les questions viennent des patients mais aussi des maisons de repos, d'écoles, d'associations, d'entreprises, etc. Elles sont parfois banales mais souvent pertinentes. La communication n'est pas encore tout à fait claire. Comment mesurer au mieux la température des collaborateurs ? Quelle est la meilleure manière de nettoyer ou de désinfecter des surfaces ? Voilà le type de questions que l'on pose aux pharmaciens.Je reçois aussi des propositions d'aide spontanées. Aller acheter du plexi au magasin ? Allez chercher et ramener les prescriptions de personnes âgées ? Chapeau. Quel lien précieux unit le pharmacien à ses patients. Formidable.Le réapprovisionnement et le placement des commandes ont lieu après la fermeture, mais c'est essentiel. Une bonne gestion des stocks est cruciale. Les collègues m'ont signalé que certains médicaments étaient très demandés en ce moment. 10h00 ça se calme. On souffle. Il faut à nouveau désinfecter les dispositifs de paiement électronique et autres. Peu de personnes paient en liquides (comme demandé), mais le paiement sans contact n'est apparemment pas encore pour maintenant. Il faut voir cela positivement. Dans le cadre de notre sécurité, c'est un coup de pouce pour promouvoir le paiement électronique. Ce matin, j'ai lancé un appel sur les réseaux sociaux pour trouver des écrans en plexiglas. Après 5 minutes, le téléphone sonnait et on me donnait des conseils, des personnes voulaient m'aider ou aller lundi au magasin en acheter. Quelle puissance, les réseaux sociaux ! Lundi, les panneaux seront livrés. Revenons à la pharmacie. Il y a aussi les sûretés quotidiennes à la pharmacie. Une personne nous demande une grande quantité de sprays nasaux. Les médicaments ne sont plus disponibles et il faut trouver une solution. Cela s'ajoute au reste, mais c'est notre travail de tous les jours. Parmi tous les patients, nous demandons à un homme de 96 ans de ne plus venir à la pharmacie dans les prochaines semaines mais d'appeler. On aimerait le voir atteindre 100 ans et plus. Risque de contamination ou non, à cet âge, il ne faut prendre aucun risque. Ce serait dommage. 12h00 Je fais partie des 'chanceux' à pouvoir fermer la pharmacie le samedi après-midi. Rien n'arrive trop tôt. Nous avons répondu présent chaque jour de la semaine. Ma femme et les enfants se sont affairés à préparer le repas de midi. J'aide un peu et nous passons à table. A la fin du repas, je le sens venir. Le fameux coup de pompe. Je décide de fermer les yeux un moment et de me réveiller à 15h45.Il faut désinfecter une dernière fois la pharmacie, là où c'est utile, il faut s'y mettre. Je ne touche pas à la boîte de messagerie qui a réceptionné 179 mails depuis ce matin. On verra demain. Je veillerai dimanche à récupérer le retard. Je vais essayer de passer un peu de temps avec ma famille. Ils m'ont beaucoup manqué ces derniers jours.