...

Si un nez chroniquement bouché peut apparaître comme un problème banal, il a aussi un impact à ne pas sous-estimer (troubles du sommeil, entrave aux activités quotidiennes, difficultés à fonctionner à l'école et au travail, ronflements, etc.). Faute d'alternative, de nombreux patients cherchent donc le salut dans un spray décongestionnant... qui les conduit dans bien des cas, en dépit des conseils du pharmacien, vers une surconsommation. La thèse de doctorat de la pharmacienne Sophie Scheire (université de Gand) s'inscrit dans le prolongement d'un projet de stage réalisé avec des étudiants gantois et liégeois, suivi d'une enquête qualitative reposant sur des interviews approfondies avec 22 patients (lire en p. 2). La troisième étape, une étude de suivi, devrait être lancée cet été, le but ultime étant de développer une intervention concrète pouvant être réalisée en pharmacie. " En première instance, nous allons examiner quel est le problème sous-jacent chez les personnes qui abusent de sprays décongestionnants. Pour ce faire, les patients se verront proposer un examen ORL complet pour déterminer de manière objective la circulation de l'air dans le nez ; un diagnostic sera ensuite posé sur cette base par le spécialiste. La seconde étape sera de tester une stratégie de sevrage reposant sur l'association de médicaments et d'entretiens motivationnels. " Les examens préalables et la pose du diagnostic se dérouleront dans un centre tertiaire, en l'occurrence à l'UZ Gent. " L'idée est toutefois que le trajet soit initié au départ des pharmacies, afin de pouvoir au final mieux aider ces patients à l'officine. " Celle-ci constitue en effet le cadre idéal pour la détection et la prise en charge du recours excessif aux sprays nasaux, enchaîne son promoteur, le Pr Koen Boussery. " Le pharmacien peut donner d'emblée les bons conseils, sans obstacles supplémentaires pour le patient. En pilotant le trajet au départ de l'officine, nous espérons pouvoir aider beaucoup plus de personnes. " " Pour le pharmacien lui-même, il sera certainement très satisfaisant de pouvoir proposer en temps utile les bons conseils et la bonne stratégie de sevrage pour sortir les patients de ce cercle vicieux (ou les empêcher d'y tomber). À l'heure actuelle, la profession se sent souvent un peu démunie face à ce problème. Nous espérons que les enseignements de cette étude nous permettront de changer la donne ", conclut Sophie Scheire.