...

" Mon grand-père a ouvert une pharmacie à Ostende en 1945. Lui aussi avait plutôt la fibre entrepreneuriale : il a créé Ostend Pharma. Ensuite, mon père l'a reprise et la pharmacie est passée aux mains de son frère. La pharmacie me semblait donc un choix d'étude logique, même si à l'époque, l'exemple de Marc Coucke m'inspirait déjà énormément. Par la suite, j'ai étudié à la Vlerick, jusqu'à ce que mon oncle tombe malade et, en 2002, alors que j'étais encore sur les bancs de l'école, j'ai racheté sa pharmacie. " L'envie d'entreprendre le tenaillait toujours : " Après avoir tenu l'officine une dizaine d'années, j'avais un peu atteint mes limites. Ma base de clients s'était fortement élargie, mais chaque fois que je voulais accroître mon entreprise en reprenant des pharmacies de collègues, je me heurtais à un obstacle. Psychologiquement, ce n'était pas une bonne période, même si mes parents appréciaient mon travail. Je ne m'imaginais simplement pas travailler jusqu'à 65 ans entre les quatre murs de l'officine... " L'année 2012 sera le début d'une nouvelle aventure professionnelle. C'est à la Vlerick que Bruno Piers a rencontré sa compagne, Hélène Fransen. Lorsque leur premier enfant a dû rentrer à l'école maternelle, ne trouvant pas de cartable qui leur plaise, ils en ont fait faire un sur mesure lors de vacances au Maroc. " Séduites par ce sac, d'autres mamans nous demandaient où s'en procurer pour leurs enfants. J'en ai alors commandé 80 et essayé de les vendre ", explique Bruno Piers. Après avoir travaillé un an avec un commercial, le cerveau créatif de Jeune Premier, Hélène Fransen, quitte son emploi pour se consacrer à temps plein au développement de la nouvelle start-up. Dans un premier temps, Bruno continue à combiner son travail de pharmacien et Jeune Premier. En regardant dans le rétroviseur, ils se disent qu'en fait, ils n'ont jamais vraiment eu de projet : " Jeune Premier peut être considéré comme un hobby, mais en entreprenant, nous avons vraiment appris ce qui fonctionne ou pas. Ces don't knowhows, nous les avons vécus sur le terrain. " " Ainsi, après la première année, Hélène est allée vanter notre produit elle-même. C'est une battante qui ne laisse pas vite tomber les bras et les chiffres de vente se sont vite envolés : nous sommes passés de 80 cartables écoulés à 1.500. C'est à ce moment que les fermetures des cartables ont posé un problème. Nous avons alors décidé de faire venir en Belgique nos collaborateurs marocains pour réparer toutes ces fermetures. Inutile de vous préciser qu'une telle opération - récupérer les cartables, les faire réparer par ces artisans et restituer les cartables réparés aux clients - ne se traduit pas directement par des résultats mirobolants sur votre chiffre d'affaire. Il faut tester en permanence, chercher les bons fournisseurs, tout en continuant à commercialiser votre produit et à chercher des débouchés sur les bourses internationales. C'est tout un apprentissage. Savez-vous que pour réaliser un seul cartable, des fermetures aux sangles, il faut 17 fournisseurs ? " " Nous avons été pionniers, en ce sens que nous avons fait du cartable un objet de mode avec notre marque premium. Nous nous adressons aux parents qui entendent souligner l'individualité de leur enfant. Il existe une classe moyenne qui souhaite faire cet investissement, notamment dans des pays comme la Russie ou la Chine. Pour moi, c'est là que se trouve aussi l'avenir ", commente Hélène Fransen, la directrice des créations. Au fil du temps, son idée est devenue un projet commun : " Notre petite entreprise familiale s'est transformée en une PME avec six collaborateurs à temps plein, ajoute-t-elle. Chez nous, 1 + 1 = 3 : nous discutons en permanence et nous nous complétons très bien. Certes, c'est moi qui prends la décision finale sur le look and feel, mais Bruno a professionnalisé notre commerce, a aidé à développer le site, et c'est lui qui a trouvé les bons sous-traitants. En ce sens, nous sommes privilégiés : nous voyageons ensemble à travers le monde et nous partageons aussi bien nos chagrins que nos réussites. " Entretemps, à côté de Jeune Premier (dont leur fils Ralph est la mascotte), le couple a lancé une deuxième marque, Jack Piers (du nom de leur deuxième fils, Jack). " Chaque année, notre notoriété augmente, poursuit-elle. Nous sommes très présents sur les médias sociaux, mais nous veillons aussi à notre brand value. Si nous nous profilons comme la Rolls Royce des cartables, cela signifie aussi que vous ne nous trouverez pas via Amazon ou bol.com. " " Nous exportons maintenant nos cartables dans 35 pays, apprend Bruno. La part de marché de la Belgique dans la vente diminue et pourtant nous ne sommes pas encore où nous voudrions être au niveau de l'exportation. C'est pourquoi nous nous sommes préinscrits à l'une des prochaines missions commerciales. " La collaboration avec Flanders Investment & Trade (FIT) génère chez Bruno Piers une dernière réflexion par rapport au monde des pharmaciens : " L'une des premières choses que FIT a proposée était de faire un audit pointant les faiblesses et points à travailler. Pourquoi l'APB ne fait-elle pas quelque-chose du genre pour ses membres ? Comment peuvent-ils réagir aux défis du marché en ligne ? Quels outils peuvent-ils utiliser pour engranger une croissance économique ? Je lis sur des forums de pharmaciens beaucoup de mécontentement concernant la politique. C'est typique des gens qui travaillent entre leurs quatre murs. Les pharmaciens veulent surtout satisfaire leurs clients, mais souvent ils ne se sentent pas soutenus par les autorités. C'est ce que nous avons hélas encore pu vivre ces derniers mois avec la crise sanitaire. "www.jeunepremier.be, www.jackpiers.be