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Selon une récente étude norvégienne, la majorité (68%) des erreurs de médication à l'hôpital ont lieu lors de l'administration et seul un quart (24%) lors de la prescription. Il s'agit avant tout d'erreurs de dose (38%), d'oublis (23%) et de mauvaises substances (15%). Les classes thérapeutiques le plus concernées sont les analgésiques, les antibactériens et les antithrombotiques. Plus de la moitié de ces erreurs ont été sources d'un préjudice (62%), dont 5,2% ont causé des dommages graves et 0,8% le décès.1 C'est dans ce contexte que les systèmes électroniques de vérification au chevet du patient entendent apporter des solutions. Des études ont en effet montré que 50% de ces erreurs pouvaient être évitées grâce à ce type de contrôle automatisé. Medeye est l'un de ces systèmes : il permet de scanner, détecter et vérifier les médicaments au chevet du patient et il donne aux infirmières un lieu unique où vérifier tous les médicaments, quelle que soit leur forme (solide, injection, médicaments composés et reconditionnés...). Les détails administratifs sont automatiquement enregistrés dans le dossier pharmaceutique du patient. Un projet européen suit l'implémentation de Medeye dans les hôpitaux et institutions de soins de longue durée. Dans un premier temps, il a été testé et validé dans plusieurs hôpitaux néerlandais. Ensuite, grâce au soutien du programme européen Fast Track to Innovation d'Horizon 2020, son déploiement a été facilité, notamment en Grande-Bretagne et en Belgique. En juin dernier, l'European Hospital and Healthcare Federation (HOPE) et l'Agence pour la qualité de vie (PAQS) ont organisé un webinaire portant sur ce système de sécurité médicamenteuse. Il s'agissait du quatrième webinaire du Quality & Safety network, un réseau de partage de bonnes pratiques Qualité/Sécurité entre les pays européens, créé par HOPE en collaboration avec la PAQS.2 Comment fonctionne ce système de sécurité et quels en sont les résultats ? MedEye est un système combiné de software (logiciel intégré dans le dossier électronique) et de hardware (scanner, code-barre, caméra) qui, d'une part, vérifie si la règle des 5B (Bon patient, Bons médicaments, Bonne dose, Bon moment, Bonne voie) est bien respectée, et, d'autre part, identifie les erreurs et propose une correction qui est automatiquement signalée à l'infirmière et encodée dans le dossier du patient. " L'une des façons d'améliorer la sécurité est de scanner le code-barres du bracelet du patient et celui de son traitement. Pour cela, tous les médicaments sont introduits dans le scanner, qui prend une série de photos et, grâce à une vision 3D du médicament (inscription, ligne en creux, épaisseur, diamètre, forme, couleur), les informations sont vérifiées via une base de données internationale unique. Cela fonctionne pour n'importe quel type de pré-emballage (dose unique, combinée, multidose) ", a expliqué Remco Wijngaarden (MedEye). Pour les médicaments à haut risque, Medeye autorise une manipulation depuis la préparation jusqu'à l'administration. " Pendant la phase de préparation, le médicament est connecté à un barre code Medeye unique (patient ID, médicament, solvant, durée de conservation, voie d'administration, dose, volume). Ensuite, on procède à la même vérification au lit du patient en scannant les différents codes-barres ". Medeye fait aussi office de 'seconde infirmière' virtuelle, il n'est donc plus nécessaire qu'une autre infirmière soit physiquement présente pour vérifier manuellement le travail de sa collègue. Remco Wijngaarden a aussi présenté les résultats observés dans différentes institutions. Ainsi, dans deux services hospitaliers, sur une période de 98 jours, 170 erreurs (mauvais médicaments et mauvaises doses) ont été arrêtées sur 8.806 médicaments solides oraux vérifiés, soit un nombre moyen de 1,75 par jour ou 3,3% des vérifications. Dans une MR/MRS en Belgique, MedEye a permis d'épargner 19% du temps infirmier lors de l'administration des médicaments, tout en assurant une sécurité maximale. Une enquête a sondé l'expérience vécue par les infirmières : 75% estiment que la vérification au chevet du patient augmente la sécurité de la médication, 95% que Medeye permet d'améliorer les soins aux patients et 81% disent apprécier l'utilisation de ce système. " On épargne environ 1 h lors de notre tour médicaments ", a témoigné une infirmière. " Grâce à Medeye, je peux vérifier, enregistrer et administrer des opiacés ou des médicaments à haut risque sans devoir faire appel à un collègue pour être témoin ", a ajouté une autre. Clare Tolley (Newcastle University, GB) a présenté les résultats d'une étude réalisée dans un hôpital de Newcastle, le premier au Royaume-Uni à implémenter le système Medeye. " Il a eu un impact positif sur les erreurs d'administration des médicaments et particulièrement sur celles qui sont le plus susceptibles de causer un préjudice. L'impact sur le temps infirmier a été variable, plus de recherches sont nécessaires pour améliorer l'efficience, estime-t-elle. Nous avons identifié 8 thèmes clés liés à l'implémentation de Medeye, tous reliés à des aspects sociotechniques (base de données, IT, vocabulaire technique vs médical...) ". Pour la PAQS, Medeye permet d'améliorer l'efficacité et soutient les infirmières dans leur travail quotidien. Les avantages observés sont de quatre ordres : réduction des erreurs de médication ; flux de travail commun pour les infirmières et plus grande flexibilité logistique (ce qui peut accroître l'efficacité sans avoir à se soucier des conséquences pour la sécurité des médicaments) ; vue d'ensemble de données sur les médicaments administrés ; et économie de temps libéré pour les soins.