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La pandémie nous a appris que l'hygiène est la première ligne de défense pour atténuer l'infection avant d'autres mesures comme les vaccins ou les antiviraux. A l'heure où l'on craint une résurgence du Covid-19 en Europe, continuer à observer les mesures d'hygiène apprises au plus fort de la crise sanitaire est sans aucun doute une sage mesure de prévention. Tel était le thème au coeur du webinaire "Supporting self-care: disinfection in common conditions", organisé par la FIP vendredi 15 octobre, journée mondiale du lavage des mains. L'abc de l'hygièneA cette occasion, la Pr Sally Bloomfield (International Scientific Forum on Home Hygiene) s'est demandée comment, après le Covid-19, ré-engager le public à jouer son rôle vital dans la prévention de la transmission des infections?Premier élément: connaître les principes de base de l'hygiène. A commencer par les principales sources d'infection (les gens, les aliments et les animaux domestiques), les principales voies de transmission (les mains, le contact des mains et des aliments avec les surfaces, les vêtements, les essuies et les draps, les toilettes et lavabos, et l'air) et les portes d'entrée (bouche, nez, yeux et blessures). En ajoutant 9 moments cruciaux: tousser ou se moucher, utiliser les toilettes, préparer des aliments crus, s'occuper des animaux domestiques, toucher les surfaces fréquemment touchées par du monde, manipuler et laver les vêtements et draps, manger avec ses doigts, éliminer les déchets ménagers et s'occuper des membres infectés de la famille. Pour réduire la présence des microorganismes, le plus important est de se laver les mains et de laver les surfaces avec de l'eau et du savon, en rinçant sous l'eau courante. Les désinfectants sont utiles dans certains cas, comme quand on n'a pas accès au savon et à l'eau et quand les surfaces de contact ne peuvent pas être rincées. "La population ne comprend pas les concepts de base des procédures d'hygiène: par exemple, beaucoup croient que l'unique but du rinçage des mains est d'ôter le savon, ils ne savent pas qu'il s'agit d'un élément vital pour réduire la contamination à un niveau sûr".L'utilisation ciblée des produits d'hygiène permet de maximiser la protection contre les infections tout en minimisant les problèmes de sécurité environnementale et humaine, en garantissant une utilisation prudente des désinfectants pour atténuer tout risque de développement d'antibiorésistance (AMR). Le développement de l'AMR est-il lié au niveau d'exposition aux désinfectants? "Même si c'est biologiquement plausible, il n'y a pas de preuve réelle que l'utilisation des désinfectants contribue à l'antibiorésistance en pratique clinique (pour l'instant !), indique-t-elle. On reconnaît cependant que ne pas utiliser de désinfectants lorsqu'ils sont nécessaires peut contribuer à augmenter l'AMR en augmentant le besoin de prescriptions d'antibiotiques".Quoi? Quand? Comment?Encore faut-il convaincre la population d'adopter cette approche! "Voilà pourquoi on s'intéresse de plus en plus à la compréhension de l'hygiène par la population", explique Sally Bloomfield qui donne les résultats d'une enquête en ligne conduite dans 23 pays européens en 2020 auprès de 4.583 personnes. Ils ont été publiés le 7 avril 2021 (IFH, Developing household hygiene to meet 21st Century Needs). Il s'agissait d'étudier dans quelle mesure les comportements sont corrélés à la perception des risques. Pour 6 comportements (à haut risque et bas risque), 2 questions ontété posées: dans quelle mesure pensez-vous que ces situations posent un risque d'infection et combien de fois faites-vous les choses suivantes (souvent/parfois)?"Les résultats sont intéressants. Le risque le mieux connu est celui de ne pas se laver les mains après avoir été aux toilettes (89%) ou après avoir manipuler de la viande crue (86%). Et, respectivement, 90% et 83% disent le faire dans ces situations à haut risque. 65% pensent que réutiliser des chiffons de nettoyage sans les laver et les sécher après chaque usage est très risqué, mais seuls 47% disent le faire après chaque usage. Idem pour le fait de nettoyer les ustensiles qui servent pour les animaux en même temps que ceux qui servent pour la famille: 76% trouvent que c'est très risqué, 45% les nettoient séparément. Concernant les comportements moins risqués comme le partage des essuies avec les autres membres de la famille, un pourcentage semblable (63 et 67%) sait que c'est une pratique à risque et utilisent des serviettes de mains et de bain différentes. De même, 64% savent que ne pas utiliser d'antibactériens pour nettoyer les sols des cuisines et salles de bains est une pratique à risque (faible) et 62% déclarent en utiliser toujours/parfois.En première ligneLa population a donc une perception relativement faible de ce type de risque. Comment ré-inciter le public à prendre sa part dans la prévention de la transmission des infections? "En tant que pharmacien, nous avons un rôle à jouer pour améliorer la compréhension des concepts de stérilisation et de désinfection dans la gestion du risque infectieux et pour reconscientiser la population à ces comportements", estime-t-elle. "Il faut réaliser que l'hygiène de première ligne n'est pas un problème clinique, c'est une question de gestion des risques et qu'elle doit être abordée en tant que telle. Les pratiques d'hygiène fonctionnent en brisant la chaîne d'infection aux moments à risque. Il faut améliorer la communication à destination du grand public sur ces questions, en commençant par les concepts de base sur l'hygiène et la gestion des risques. L'hygiène doit devenir une partie des stratégies pour vivre sainement, à côté d'un régime alimentaire équilibré, de la pratique de l'exercice physique etc.", conclut Sally Bloomfeld.