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"Je suis issu d'une famille de professionnels de la santé: mon père était généraliste à Munsterbilzen, ma maman infirmière et j'ai aujourd'hui une soeur médecin et un frère dermatologue. On peut donc dire que nous avons la médecine dans le sang! J'aurais volontiers suivi le même chemin, mais mon père trouvait qu'avec trois médecins dans la famille, il était peut-être temps de diversifier un peu. J'ai donc cherché une autre voie... et c'est ainsi que je me suis lancé dans des études de pharmacie, même si je n'ai jamais complètement oublié la médecine. C'est peut-être un peu pour ça que je n'ai jamais vu le métier tout à fait de la même manière que mes condisciples. L'engagement social est aussi un trait de famille: jusqu'il y a deux ans, mon père a travaillé comme bénévole pour les collectes de sang de la Croix-Rouge. Il a beau avoir 82 ans aujourd'hui, il n'y a pas si longtemps, il n'hésitait pas à sillonner tout le pays." "Notre profession a beaucoup évolué au fil du temps: de fournisseur voire de marchand, le pharmacien est devenu un dispensateur de soins avec différentes facettes qui confluent toutes à l'officine. Il y a aussi les Projets pilote de soins intégrés ("Zorgzaam Leuven", dans mon cas) avec leurs médecins, pharmaciens et infirmiers qui travaillent de concert pour mieux répondre aux besoins des patients, et en particulier des malades chroniques. Cette approche correspond parfaitement à ma vision", souligne Bart Kerre. De son temps, la formation se focalisait surtout sur la chimie, beaucoup moins sur la pathologie ou l'anatomie. "Je crois que j'appartiens à la dernière promotion formée à 'l'ancienne école'. Par la suite, l'accent s'est élargi à d'autres aspects que la chimie, ce qui aurait sans doute mieux correspondu à ma personnalité. Cela dit, je suis heureux d'être pharmacien - attentionné, comme on me le dit souvent. Je suis soucieux des autres, et ils le sentent. Pour moi, le plus important n'est pas l'aspect commercial mais la possibilité d'aider et d'accompagner les patients. En définitive, c'est pour ça que j'ai choisi ce métier!" Pour Bart Kerre, la pandémie du coronavirus n'a pas été synonyme de grands bouleversements. "Comme nous sommes restés ouverts, nous étions pour bien des gens un premier point de contact, comme nous l'avons toujours été. Nous avons pu aider de nombreux patients pour des problèmes banals, mais je n'oserais pas parler d'un raz-de-marée, même s'il y a eu initialement un effet de panique et une tendance de certains à vouloir constituer des stocks. Les questions sur la maladie et ses symptômes étaient par contre plutôt rares et, à partir du début du confinement, il a fait relativement calme. Nous n'avons pas vraiment été confrontés directement au virus et la maladie elle-même. J'ai beaucoup plus d'admiration pour les équipes de soins à domicile, qui se sont vraiment retrouvées en première ligne et qui ont continué à assurer leur mission sans matériel de protection, alors que les pharmaciens et hôpitaux ont au contraire été approvisionnés assez rapidement." "Grâce aux masques et à d'autres mesures comme le lavage et la désinfection des mains, il y a eu beaucoup moins d'infections - un constat que nous avons également entendu du côté des médecins de famille. J'espère que ces bonnes habitudes ne vont pas se perdre. La pandémie a aidé la population à prendre conscience de l'importance de l'hygiène et des problèmes qu'elle permet d'éviter. Tout au long de la crise, nous avons reçu un soutien très efficace de la ville de Louvain. Elle a mis en place plusieurs campagnes, comme par exemple "Leuven Helpt" pour les sans-abri et autres personnes vulnérables, une plateforme d'aide entre voisins ou encore "Zorgzaam Leuven". Aujourd'hui encore, je reçois régulièrement un coup de fil des autorités locales pour savoir si tout va bien, s'il y a des problèmes particuliers, si elles peuvent nous aider... Je trouve que Louvain et son bourgmestre font de l'excellent travail." "Le métier de pharmacien a beaucoup changé ces dernières années - en bien, dans le sens dont j'ai toujours rêvé et dans l'esprit que j'appliquais déjà moi-même. L'évolution de la profession m'a conforté dans mes choix: le patient ayant toujours été au centre de mon approche, je n'ai pas vraiment dû m'adapter. Ce n'est pas pour me vanter, mais nous avons toujours eu des clients qui venaient de loin pour bénéficier de nos services. Là où il y a eu de grands changements, c'est au niveau de l'administration et de l'organisation du travail... mais c'est un peu le cas partout. Au cours de ma première année à l'officine, tout se faisait encore par téléphone, sans ordinateur et à plus forte raison sans internet. Il fallait passer les commandes par téléphone, rechercher l'information dans des bouquins... On parle beaucoup de la montée en puissance et de la concurrence des pharmacies en ligne, mais personnellement, je ne peux pas dire que cela m'inquiète beaucoup. Je pense que la plupart des patients préfèrent malgré tout passer à l'officine pour une aide et des conseils "en face à face" ou simplement pour bavarder. Ce rôle social fait partie des missions du pharmacien. Avec mon épouse (infirmière et assistante en pharmacie), cela fait par exemple des décennies que nous allons nous-mêmes apporter à vélo leurs médicaments aux patients qui ne peuvent pas se déplacer - et l'an dernier plus que jamais. Ma femme partage mon engagement, tout comme les autres personnes qui travaillent chez nous." "J'observe aussi que, sous l'effet de la pandémie, les gens sont convaincus qu'il est important d'acheter local - chose que nous faisons aussi nous-mêmes." "Administrer des vaccins à l'officine? Pour moi, ce n'est pas vraiment une nécessité, même si nous suivons tout de même la formation. Nous disposons d'une infirmière - mon épouse - qui participe activement à la vaccination au sein du centre du Brabanthal, et je m'engage moi-même en contribuant à la préparation des vaccins. Par contre, je pense qu'un pharmacien n'est pas un médecin et que chacun devrait s'en tenir à ses compétences. Je ne suis pas non plus certain que la vaccination serait à la portée de toutes les officines. Cela dit, si nous pouvons décharger les médecins, nous sommes prêts à mettre la main à la pâte." "La relation entre médecins et pharmaciens est un autre aspect qui a beaucoup évolué au fil des années, avec des liens qui sont devenus beaucoup plus étroits qu'avant. La KU Leuven a même lancé un projet qui permet aux médecins de faire un stage en officine pour découvrir le quotidien du pharmacien, et inversement. De façon plus générale, je pense que la pharmacie devient de plus en plus un centre de soins, ce qui est une bonne chose", conclut Bart Kerre.