...

"En ce qui concerne la consommation d'alcool, l'immense majorité des répondants (85%) se situent dans la zone de risque 1, ce qui signifient qu'ils ne boivent pour ainsi dire pas", précise le Pr Kris Van den Broeck (UAntwerpen). "Un sur six (14%) se trouve dans la zone de risque 2 et flirte donc avec les limites de ce qui est actuellement considéré comme acceptable: un maximum de dix unités par semaine, avec au moins deux jours sans alcool. Le reste (1%) a une consommation préoccupante (zone de risque 3 ou 4) qui mériterait un examen diagnostique approfondi et probablement un encadrement thérapeutique plus poussé." "Ce qui est par contre nettement plus préoccupant, c'est que 13% sont amenés au moins une fois par mois à boire au moins six unités d'alcool en une fois - dans un quart de ce groupe, c'est même le cas toutes les semaines! C'est un indicateur de " binge drinking", une habitude qui n'est vraiment pas sans danger", avertit l'expert anversois. "Boire de l'alcool en grandes quantités pour évacuer rapidement le stress du quotidien peut être un premier pas vers la dépendance. Typiquement, la consommation entre ces beuveries sera plutôt modérée, comme si le stress était réprimé et que la personne cherchait ensuite soudain à s'en échapper d'un coup." Le Pr Geert Dom (UA), le psychiatre qui a assuré l'encadrement scientifique de cette enquête, souligne le taux élevé de femmes parmi les répondants pharmaciens (75%). "Cela pourrait être un biais, mais il est aussi probable que ce chiffre reflète la féminisation marquée de la profession." La consommation d'alcool des femmes semble évoluer à mesure que leur place dans la vie professionnelle se développe, observe l'expert. "Et c'est vrai aussi bien en ce qui concerne leur attitude vis-à-vis de l'alcool qu'en ce qui concerne les schémas de consommation effectifs. C'est une tendance que l'on observe un peu partout en Occident depuis vingt ans: les femmes consomment de plus en plus d'alcool, et ce dans tous les groupes d'âge. Des chiffres de l'AIM démontrent que, pour le binge drinking et les admissions aux urgences pour intoxication alcoolique chez des sujets très jeunes, il n'y a pratiquement plus de différences entre les sexes. Des études de prévalence démontrent par ailleurs que la consommation des femmes qui ont bénéficié d'un haut niveau de formation augmente à l'âge mûr, et une étude norvégienne toute récente observe également une progression dans le groupe des femmes "plus âgées"." En parallèle, il y a également des signes que le nombre de femmes confrontées à un problème d'alcool augmente, souligne le Pr Dom. "Les cas de consommation problématique sont de plus en plus nombreux depuis quelques années, mais cette augmentation est particulièrement marquée chez les femmes. Une grande étude réalisée aux États-Unis a observé chez elles une progression de pas moins de 80% de la dépendance à l'alcool sur une période de dix ans." Cette progression de la consommation d'alcool chez les femmes (hautement qualifiées) se retrouve logiquement aussi dans cette enquête, que ce soit chez les pharmaciennes ou chez les femmes médecins. "En soi, le fait que les femmes soient plus nombreuses qu'avant à boire un verre de temps en temps n'est pas problématique", précise le Pr Dom. "L'enquête démontre d'ailleurs que la majorité des répondant(e)s affichent une consommation à faible risque. D'un point de vue de santé publique, la règle reste toutefois que le risque de dommages liés à l'alcool augmente avec le niveau de consommation de la population. En outre, nous savons aussi qu'en moyenne, les femmes sont plus sensibles que leurs homologues masculins aux effets (médicaux) délétères de la boisson." "Les résultats de cette enquête soulignent une nouvelle fois que nous devons plus que jamais être attentifs à une consommation d'alcool réfléchie et sûre - chez les hommes, bien sûr, mais peut-être davantage chez les femmes hautement qualifiées comme... eh oui, les pharmaciennes", conclut Geert Dom.